• Le putois bien mal en point !

    Le putois

                                                 Photo Wikipedia

    Je partage à la suite de l'article de Jean-Louis  Nature ici ailleurs

    Publié le 4 septembre 2020 par Allain Bougrain-Dubourg

    Sangliers en goguette dans les rues, renards peinards faisant les poubelles avant les éboueurs, oiseaux qui chantent sans s'époumoner pour couvrir la pollution sonore des villes... Les bêtes ont adoré le confinement des humains. Qui mieux qu'Allain Bougrain-Dubourg, journaliste animalier, militant écologiste et grand protecteur de la faune sauvage pour se mettre dans leurs têtes ? Le putois, cible prisée des chasseurs, n’a cependant profité d'aucun répit pendant le confinement... 

    Bien sûr, le mot « nuisible » n’est plus d’actualité. Conformément à la loi sur la biodiversité d’août 2016, on doit désormais nous qualifier « d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». « ESOD » pour les technos. La belle affaire ! La pudeur des mots dissimule mal la violence des actes.

    Que nous soyons renards, sangliers, corvidés en tous genres et autres belettes ou putois, nous continuons de subir votre déchaînement. Cages, pièges, poisons, fusils, tout est bon pour nous faire disparaître. Naïvement, nous pensions que votre confinement ferait notre bonheur. En clair, que vous cesseriez, au moins momentanément, de battre la campagne pour nous abattre. C’était compter sans votre acharnement. N’allez pas croire que je prêche pour ma chapelle mais mon cas particulier mérite que l’on s’y attarde.

    Alors que la SFEPM (Société Française d’Étude et de Protection des Mammifères) alerte sur l’épouvantable déclin de nos populations et que je figure sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature), la ministre de l’Écologie considère que mon piégeage dans le département du Pas-de-Calais relève du salut public. Dieu merci, mes compatriotes d’Italie, du Royaume-Uni, de Suisse et de plusieurs États allemands ou provinces espagnoles sont intégralement protégés. En Autriche, on nous a même réintroduits dans le cadre d’un programme de conservation. Alors pourquoi le Pas-de-Calais me direz-vous ? Par hasard, ce ne serait pas parce que ce territoire est le fief du Président de la Fédération Nationale des Chasseurs ? Lesquels chasseurs me reprochent de ponctionner parmi les quelques 3 millions de faisans et autres chairs à canon élevés puis relâchés chaque année pour être tirés comme à la foire.

    Des poussins agonisants

    Le préfet du Pas-de-Calais n’a pas le monopole de l’incohérence. Les mesures de non-respect du confinement sont sanctionnées avec sévérité (un couple du Vaucluse s’est pris 135 € d’amende pour avoir promené son lapin en laisse !). Mais pas l’agrainage des sangliers, autorisé par la Préfète de la Haute-Marne. Le Préfet du Jura, lui, prêche le laxisme dès lors qu’il s’agit de sortir pour buter les corvidés. Une autorisation d’autant plus odieuse que les oiseaux, en période de reproduction, vont laisser des poussins agonisants. Quant au département des Landes, il « déconfine » pour en abattre un maximum.

    Dans le viseur, il faut également noter le geai des chênes, qui bien que joliment coloré, demeure la bête noire des porteurs de fusils. Sa traque est particulièrement recommandée dans l’Ariège (09) et le Lot-et-Garonne (47). « Le geai ne provoque aucun dégât avéré et notamment dans ces départements » s’est insurgé Yves Vérilhac, directeur général de la LPO. Il a même rappelé que l’oiseau en question était « le premier forestier de France par le nombre d’arbres plantés » car il cache des graines pour s’en nourrir et en oublie un grand nombre…

    Bien sûr, de nombreux arrêtés préfectoraux visant à nous anéantir sont cassés par les tribunaux à la demande des associations de protection de la nature, parce que l’on ne peut démontrer notre culpabilité. Et que le principe de précaution ne suffit pas à détruire aveuglement la faune. Mais ne serait-il pas temps, en cette période singulière, durant laquelle vous revisitez vos certitudes, d’envisager une trêve… durable ? Il y a des moments où je me sens plus nuisible qu’un virus…

    Allain Bougrain-Dubourg/Charlie Hebdo


  • Commentaires

    1
    Mercredi 9 Septembre à 10:27

    Un  article percutant d'Allain Bougrain-Dubourg qui mériterait une large diffusion .Encore qu'on ne fait pas boire des ânes qui n'ont pas soif ! Comment vaincre l'ignorance , l'entêtement , l'avidité destructrice ? Il y a des jours où on est découragé devant cette destruction es équilibres naturels ...

    A titre d'exemple , quand il m'arrive , de plus en plus rarement , de rencontrer des renards , tous sont estropiés .

    A bientôt !

     

    2
    Mercredi 9 Septembre à 10:33

    Je vois régulièrement des photos sur la Toile de cet acharnement contre les animaux, sauvages, mais aussi domestiques. Au point de ne pas pouvoir les regarder ces photos. Il y a tout de même d'autres moyens de décharger sa violence, et éviter qu'elle arrive. Non je n'ai pas dit non plus se défouler sur son épouse. Il y a beaucoup à faire. Merci pour cet article.

    3
    Mercredi 9 Septembre à 18:28
    Une fleur de Paris

    Bonsoir Béa,

    Il y a des pièges pour le mammifère plus nuisible que le putois ? Tu sais celui qui salit tout et qui décide de tuer de pauvres animaux moins nuisibles que lui ? L'homme, et oui toujours lui. Le plus nuisible de tous !

    Bonne soirée, bises, Véronique

    4
    Jeudi 10 Septembre à 06:08
    colettedc

    Merci du partage, Béa ! Bises

    5
    Jeudi 10 Septembre à 15:42

    La maltraitance animale est toujours aussi importante. On a beau dire et redire. Faire des pétitions et expliquer les choses. Certaines personnes sont bornées et ont le mal dans elles.

    6
    Jeudi 10 Septembre à 15:46

    Cela me déchire le cœur! oui, nous sommes pires que les virus! 

    7
    Jeudi 10 Septembre à 21:34
    careli

    que dire ... rien, hélas, y a juste pas de mots !

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